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Secrétariat aux affaires autochtones

Notes pour une allocution du ministre Pelletier dans le cadre du colloque Les Autochtones et le racisme – Braver les préjugés

Maison des cultures amérindiennes

MONT-SAINT-HILAIRE

26 ET 27 SEPTEMBRE 2003

(La version prononcée fait foi)

Appels / salutations

M. Pierre Siouï, président de la Maison des cultures amérindiennes
M. André Michel, directeur de la Maison des cultures amérindiennes
M. Jean-Pierre Charbonneau, député de Borduas
M. Paul Sofio, maire de Mont-Saint-Hilaire
M. Paul Langlois, président de la fondation Ushket-André Michel
Mesdames et Messieurs, les organisatrices et organisateurs de ce premier colloque portant sur les Autochtones et le racisme
Mesdames et Messieurs, les chercheur(e)s, experts et conférencier(ère)s
Distingué(e)s invité(e)s,


J’ai l’honneur et le privilège de m’adresser à vous aujourd’hui dans le cadre de ce premier colloque portant sur Les Autochtones et le racisme – Braver les préjugés. Je tiens donc à remercier, plus particulièrement, Monsieur André Michel, pour l’invitation qu’il m’a adressée et que j’ai acceptée avec conviction.

À titre de ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones, je veux féliciter et remercier tous les participants, les conférenciers et les organisateurs pour cette heureuse initiative et pour avoir rendu possible la tenue de ce forum de discussion. Pendant deux jours, vous avez partagé vos connaissances et traité d’un sujet délicat et toujours d’actualité : le racisme et plus spécifiquement celui dirigé vers les Autochtones. De tels rassemblements, encourageant un examen de conscience et un mariage d’idées, constituent un pas important pour contrer les préjugés, pour harmoniser nos relations de part et d’autre et pour atteindre un meilleur équilibre quant au partage des richesses entre les nations autochtones et la population non autochtone

Le racisme : sources et causes

Le racisme n’est pas un sujet facile à aborder et, tant individuellement que collectivement, il est toujours malaisé d’admettre que nos gestes et attitudes puissent avoir une portée raciste. D’ailleurs, si je demandais à chacun d’entre vous s’il considère juste et raisonnable qu’une personne, ou qu’un groupe de personnes, subisse de la discrimination en raison de son appartenance à une nation, à une ethnie, à une race ou à une religion, je suis convaincu que tous s’opposeraient à de tels comportements ségrégationnistes, et pour cause. Mais voilà! Force est de reconnaître qu’il existe toujours dans nos sociétés des manifestations racistes généralement insidieuses. Reconnaître la réalité du racisme et son existence, au sein de la société, est donc un premier pas permettant une analyse historique, contextuelle et structurelle, préalable à l’élaboration de mesures susceptibles d’y remédier. Le racisme est souvent difficile à identifier parce que, d’une part, il fait appel à des perceptions, la plupart du temps teintées d’ignorance et de peur, et, d’autre part, ses racines étendues sont bien ancrées dans les mentalités. Le racisme est sans aucun doute l’un des sujets les plus complexes et les plus anciens qui soient. Je laisse, de ce fait, aux spécialistes et aux chercheurs le soin d’élucider toutes ses ramifications profondes. Cependant, à titre de ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones, je m’intéresse plus à ses effets pervers sur les populations, sur les relations sociales et économiques. Ces séquelles néfastes, néanmoins, ne sont pas irréversibles, ni irrémédiables.

Les sources et causes du racisme sont multiples, voire complexes. Chaque pays a une histoire raciste plus ou moins violente qu’il faut d’abord comprendre avant de s’engager à changer ses propres comportements discriminatoires. Or, bien qu’il soit un phénomène universel, le racisme s’actualise toujours dans des contextes historiques et dans des dynamiques sociales particulières. Chaque société est donc invitée à se pencher sur l’existence du racisme en son sein, sur ses causes historiques afin de rechercher des solutions adaptées à sa propre trajectoire.

En Amérique du Nord, les premières victimes du racisme ont été les Amérindiens. Le racisme peut donc être considéré ici comme un produit de l’aventure coloniale européenne. De fait, lorsque les Européens sont arrivés en Amérique, ils ont découvert des Autochtones ayant un univers spirituel fort différent du leur et aux antipodes de leurs us et coutumes. Le respect qu’avaient les Indiens pour les éléments de la nature a été interprété par les Blancs comme autant de preuves de leur sauvagerie. Premier ingrédient propice à l’éveil d’un racisme : méconnaissance d’une autre culture, mauvaise interprétation et croyance de la prééminence d’une culture « supérieure » par rapport à une culture dite « primitive ». Sans vouloir élaborer davantage sur les racines historiques du racisme en terre d’Amérique, je trouve essentiel de comprendre où il a pris racine. Toutefois, et j’y reviendrai plus tard, cette cohabitation ne connaîtra pas que des ratées, bien au contraire.

Le Québec est une société pluraliste et il est reconnu pour son ouverture face au monde. Terre d’accueil pour de nombreux immigrants, nous pouvons être fiers d’appartenir à cette société démocratique où les droits fondamentaux de tous les êtres humains sont protégés. Pourtant, le racisme subsiste aussi chez nous. Le reconnaître est déjà le début de la solution.

Les manifestations du racisme

Les manifestations du racisme envers les Autochtones sont multiformes et fréquemment fallacieuses. Elles proviennent d’impressions erronées. Saviez-vous que près de deux Québécois sur trois pensent que les Autochtones ont un niveau de vie aussi bon, voire meilleur, que le Canadien moyen ? Quand on sait que les collectivités autochtones du Québec, comme celles du reste du Canada d’ailleurs, vivent généralement dans des conditions socioéconomiques malheureusement inférieures à celles des non-Autochtones. Certaines d’entre elles ne disposent pas d’institutions, des ressources ou des compétences requises pour composer efficacement avec des problèmes sociaux pourtant très sérieux. Une autre perception inexacte a trait aux privilèges des Autochtones. Des phrases bien enracinées telles que : « ils ne paient pas de taxes, ni impôts, ils obtiennent tout gratuitement », font partie de notre mémoire collective. Mais combien d’entre nous sommes conscients que les populations autochtones ont aussi été privées de droits lors de l’instauration de la Loi sur les Indiens, par le gouvernement fédéral, il y a plus de 100 ans, et ils ont payé bien cher cette exclusion. Cela dit, la réalité n’est pas que négative. Petit à petit, les choses changent et l’État québécois s’est engagé sur cette voie de changement et de négociation avec les Autochtones pour le bénéfice de l’ensemble de la population.

Amélioration des conditions de vie

Je veux maintenant vous parler des solutions mises de l’avant par le gouvernement du Québec pour améliorer les conditions de vie des autochtones et des non autochtones. Je souhaite vous entretenir des bienfaits d’une société inclusive par opposition à une société exclusive, et ils sont nombreux. D’emblée, le gouvernement du Québec sera l’allié de tous ceux et celles qui veulent vivre et prospérer au Québec.

Le respect des droits autochtones constitue l’une des conditions préalables au développement de rapports positifs entre le gouvernement québécois et les nations autochtones du Québec.

Le gouvernement actuel s’inscrit parfaitement dans cette filiation. Nous voulons créer un climat propice au dialogue et à la concertation. Je suis convaincu, et le gouvernement que je représente l’est tout autant, que les ententes conclues, et celles à venir, participeront à un meilleur partage et équilibre des richesses et qu’elles signifieront pour les Autochtones une plus grande prise en charge de leur destin. Elles encourageront les nations autochtones à être différentes et à gérer, dans le cadre d’ententes négociées, des institutions qui correspondent à leurs besoins dans les domaines de la culture, des arts et du patrimoine, de la langue, de la santé, de l’éducation, de la famille, des services sociaux, du développement économique, de la sécurité publique, de la justice, du logement, ainsi que dans les affaires locales en général. Tous ces secteurs d’activités sont autant de leviers indispensables pour la croissance et l’essor de chaque communauté autochtone. Ce dialogue, que nous voulons voir progresser, a cette visée : nous souhaitons que les Autochtones se sentent respectés où qu’ils se trouvent sur le territoire québécois.

Ce dialogue, que nous souhaitons aussi établir, se fera sous le signe de la transparence et de la conciliation des intérêts de l’ensemble de la société. C’est, de loin, le meilleur moyen d’assurer l’harmonie nécessaire au maintien et à l’amélioration des relations entre Autochtones et non Autochtones.

Le racisme, c’est aussi des relations interpersonnelles et, dans cette perspective, il est impossible de légiférer. Tous sont interpellés pour faire du Québec une société encore plus ouverte et généreuse. Nous avons tous une responsabilité pour établir ces rapports harmonieux. Plutôt que d’entretenir des préjugés non fondés, nous devons combattre fermement la mauvaise information, les connaissances inexactes, le racisme et l’intolérance. À petits pas, nous avancerons vers la construction d’une nouvelle société édifiée sur une communauté de différences.

Il existe, entre toutes les femmes et tous les hommes, quelque chose de commun : leur humanité. Les différences de couleur, de religion, de sexe ne constituent pas des inégalités entre les peuples. Ce qui peut les différencier ne les rend pas inégaux.

Je crois notamment aux vertus de l’éducation pour transformer et améliorer les conditions de vie des femmes et des hommes sans égard à leur origine, à leur race, etc. L’histoire a un rôle extrêmement important dans la construction d’une identité.

Or l’histoire révèle que nous devons beaucoup aux Autochtones. Avant l’arrivée des Européens, les sociétés autochtones étaient des sociétés organisées qui possédaient des systèmes politiques et un système complexe d’échanges commerciaux. On n’échappera pas à la nécessité d’un enseignement de l’histoire qui souligne la présence et l’apport de tous les groupes à la société au lieu de se limiter à celui de la majorité. Le Québec et les communautés autochtones sont unis par l’histoire et partagent la même volonté d’assumer le bien-être de leur population respective. Il est temps de mettre en lumière ce qui nous unit et non pas ce qui nous différencie. Mettre en commun ce que nous avons de meilleur et s’enrichir de nos mutuelles différences, voilà ce à quoi toute la population est conviée.

Organisations communautaires – colloques – congrès

Le colloque, Les Autochtones et le racisme – Braver les préjugés, nous a permis de franchir l’espace qui nous sépare, de jeter des ponts entre nos réalités afin de mieux nous comprendre. Des rencontres et des échanges naît nécessairement la connaissance et de la connaissance jaillit le respect mutuel. J’invite toutes les Québécoises et Québécois à développer et à approfondir leurs savoirs et leurs liens avec les nations autochtones. En mettant de côté les préjugés que nous entretenons à tort, nous apprécierons nos cultures riches, enracinées profondément dans l’histoire. Elles méritent d’être mieux connues et explorées. C’est pourquoi j’encourage fortement la tenue de tels événements. Ils sont des points d’ancrage importants et essentiels pour le Québec de demain.

Conclusion

L’article 1.4 de la Déclaration de principes sur la tolérance de l’Unesco affirme que « Conformément au respect des droits de l’homme, pratiquer la tolérance n’est ni tolérer l’injustice sociale, ni renoncer à ses propres convictions, ni faire de concessions à cet égard. La pratique de la tolérance signifie que chacun a le libre choix de ses convictions et accepte que l’autre jouisse de la même liberté. » Pratiquer la tolérance est donc exigeant mais tellement enrichissant. Elle nous permet de voir dans la diversité des cultures une source de richesse à laquelle nous pouvons sans cesse puiser. L’égalité, le développement et la paix sont intimement liés. Il ne peut y avoir de paix durable sans développement, ni de développement durable sans l’égalité entre les peuples.

Plus les populations autochtones se développeront, plus leur richesse collective s’accroîtra et plus cet épanouissement rejaillira sur toute la société. Nous sommes appelés à cohabiter ensemble. Deux choix s’offrent à nous : nous pouvons le faire dans la discorde ou en nous respectant mutuellement. Le gouvernement a choisi la deuxième voie.

En terminant, j’aimerais dire que je sais sincèrement que le patrimoine d’une collectivité pays est, par essence, étroitement lié à son identité culturelle, et, que ce patrimoine soit grand ou petit, matériel ou immatériel, il doit être conservé et valorisé auprès des générations futures.


Merci et bonne continuité.

Signature gouvernementale
Secrétariat aux affaires autochtones
905, avenue Honoré-Mercier, 1er étage - Québec (Qc)  G1R 5M6 - 418 643-3166
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