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Secrétariat aux affaires autochtones

Allocution de Mme Élizabeth Larouche, ministre déléguée aux Affaires autochtones, à l’occasion de la conférence Innovation et Créativité tenue les 30 et 31 mai 2013 à Amos, en Abitibi-Témiscamingue

Le 30 mai 2013

(La version prononcée fait foi.)

Introduction et salutations d’usage,

Je suis heureuse de prendre part à cette conférence. Je tiens d’ailleurs à remercier le Secrétariat aux alliances économiques Nation Crie Abitibi-Témiscamingue pour son initiative.

Je pense qu’il est important de réunir, aussi souvent que possible, tous les acteurs engagés dans le développement du Nord québécois. C’est un projet sur lequel nous travaillons tous très fort.

Je crois aussi que le thème de la conférence — Innovation et Créativité — est judicieusement choisi.

À une certaine époque, ces deux termes (innovation et créativité) étaient surtout associés au domaine artistique : les grands créateurs étaient pour l’essentiel les artistes. Les choses ont évolué. De nos jours, la capacité de créer et d’innover constitue une qualité essentielle des organisations et de la main-d’œuvre qui les compose, et ce, peu importe le secteur d’activité.
 
De son côté, la créativité peut contribuer à l’atteinte d’une meilleure productivité. Elle est également étroitement associée à la réussite : autant dans les entreprises privées que dans les organisations publiques, d’importantes sommes sont investies dans la formation pour stimuler la créativité des gens et développer leur plein potentiel en cette matière.

S’agit-il d’une mode au goût du jour?

J’ai la conviction que non. Je crois que les grandes innovations marquent leur époque et posent les jalons de l’avenir. Elles permettent d’emprunter les meilleures voies pour surmonter les difficultés auxquelles une société est confrontée. Je suis convaincue que l’innovation et la créativité sont à la source des projets d’envergure : en se conjuguant, elles favorisent l’émergence du changement.

L’innovation et la créativité jouent un rôle capital pour le développement économique, mais pas seulement en cette matière : elles sont déterminantes dans les sphères d’activité sociale, humaine et communautaire. Dans le cadre des relations entre les peuples, elles permettent de trouver des éléments originaux de consensus, permettant d’ouvrir de nouvelles voies d’échange et de collaboration.

La relation entre le gouvernement du Québec, la nation crie et les Jamésiens est un exemple qui illustre très bien comment l’innovation, voire même l’audace, en matière de gouvernance peut contribuer au développement de relations mutuellement prospères entre les nations crie et québécoise.

Rappelons-nous brièvement :  

La Convention de la Baie-James et du Nord québécois, signée en 1975, a jeté les bases de l’organisation sociale, économique et administrative d’un important segment de la population autochtone du Québec. Elle leur conférait, entre autres, des droits exclusifs ou prioritaires de chasse, de pêche et de piégeage, et convenait de la mise en place des moyens nécessaires pour assurer la gestion en santé, en éducation, en justice, etc.

Rappelons-nous aussi l’adoption des quinze principes concernant le statut et les droits des Autochtones en 1983. Ces principes allaient établir un cadre de relation harmonieuse entre les nations autochtones et le reste du Québec. Les principes reconnaissaient les Autochtones comme des nations distinctes et posaient des balises dans des domaines aussi vastes que la culture, l’éducation, la langue et la santé.

Pensons aussi à la paix des braves de 2002 qui, tout en marquant une nouvelle étape dans la relation de nation à nation, a créé un essor économique et social important pour les Cris, et cela se poursuit encore aujourd’hui.

En juillet 2012, le gouvernement du Québec et les Cris d’Eeyou Istchee ont signé l’Entente sur la gouvernance dans le territoire d’Eeyou Istchee–Baie-James. Cette entente historique prévoit la création d'un modèle de gouvernance fondé sur la collaboration, l’harmonie sociale et l’intérêt commun, visant à favoriser le partenariat pour le développement de la région.

Ce nouveau modèle permettra aux Cris d’exercer une plus grande autonomie et d’avoir des responsabilités accrues, notamment à l’égard de la gestion des terres et des ressources naturelles. L’Entente prévoit aussi la mise en place d’un nouveau gouvernement régional, composé à parité de représentants cris et jamésiens. Du jamais vu!

Les Cris et les Jamésiens exerceront, ensemble, la gouverne d’un vaste territoire public, et conviendront de son développement dans le meilleur intérêt de leur communauté respective et de l’ensemble de la population du Québec. Ce défi est de taille, car il permettra à deux cultures de créer une même vision face à l’usage du territoire et à son développement, mais aussi à mettre en œuvre une nouvelle forme de gouvernance participative à l’intérieur des lois et des institutions québécoises. C’est là que la créativité prendra tout son sens!

Nos nations sont très avant-gardistes dans cette réalisation : c’est très certainement une première canadienne, et possiblement mondiale. L’objectif est de rapprocher les individus qui habitent et fréquentent un même territoire, riche en ressources naturelles et humaines. Aucun effort ne sera ménagé pour faire de cette nouvelle gouvernance un succès!

Les premiers jalons de la mise en œuvre de cette entente ont déjà été posés. En effet, le 14 mai 2013, nous avons déposé à l’Assemblée nationale un projet de loi instituant, notamment, le gouvernement régional et sa mise en opération dès janvier 2014.

Comme le disait le maire et préfet, M. Gérald Lemoyne : c’est un défi de taille qu’il a hâte de mettre en œuvre. Son collègue, le maire de Matagami, a dit : « Attendez de voir lorsque nos deux voix seront réunies, la force de frappe que cela va représenter! »

L’innovation et la créativité façonnent la relation du Québec avec les Cris et les Jamésiens. Ils auront indéniablement des répercussions positives.

Des défis actuels du développement du Nord sont aussi ceux de la main-d’œuvre, des technologies et des femmes.

À l’heure actuelle, les réponses aux défis liés au développement du Nord font appel plus que jamais à l’innovation. Je pense notamment aux défis de la formation de la main-d’œuvre, à l’isolement des communautés vivant au nord du 49e parallèle — que j’évoquerai brièvement — ainsi qu’aux défis concernant les femmes.

Mais d’abord, en matière de main-d’œuvre, nous savons que la demande en travailleurs qualifiés est en croissance continue et rapide dans différents secteurs d’activité. La présence des Autochtones en Abitibi-Témiscamingue et au Nord-du-Québec représente un important bassin de main-d’œuvre locale pouvant être mis à profit. Mais le fait est que la population autochtone constitue, à l’heure actuelle, une faible minorité du contingent de travailleurs. Il faudra poursuivre rapidement nos efforts en matière de formation.

Je suis certaine que nous y arriverons, car nous savons très bien nous y prendre. Récemment, dans le cadre du Forum Éducation, des gens sont venus d’aussi loin que la Colombie, le Sénégal et le Mozambique pour s’inspirer de l’enseignement professionnel et technique dispensé par le cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. C’est dire à quel point nous savons y faire!

Les solutions de la main-d’œuvre devront être développées non seulement pour les travailleurs de chantier, mais aussi dans la formation des dirigeants. La moitié de la population crie âgée de 15 ans et plus n'a pas de diplôme d'études secondaires; c’est donc dire que le défi de la formation de la main-d’œuvre en est un grand, auquel il faut apporter des solutions rapides.

L’accès pour les Jamésiens aux contrats pour travailleurs qualifiés devra aussi être amélioré, de manière à favoriser l’emploi équitable et qualifié du plus grand nombre.

Nous avons d’ailleurs initié des travaux en ce sens avec le CCQ.

L’isolement est un autre défi où l’apport de la créativité et de l’innovation est de mise. Je soulignerai, à cet égard, un bel exemple de réussite où les technologies sont venues appuyer notre caractère novateur : le développement du réseau de télécommunication à large bande passante par fibre optique, sous l’égide du Réseau de télécommunications Eeyou, a permis de diminuer considérablement la fracture numérique entre la population du Sud et celle du Nord du Québec en reliant les communautés cries et les municipalités non autochtones de la Baie-James, ainsi que leurs principales institutions.

L’innovation est souvent un moteur puissant de développement. Dans ce cas, il a permis de briser l’isolement et de créer de nouveaux types de relation.

Concernant la situation des femmes autochtones, il faut leur assurer une place de choix dans le développement du Nord : qu’elles soient parties prenantes, et non pas relayées au rang des témoins. Avant même de leur assurer du travail, il faut resserrer la sécurité autour d’elles. Il faut rester vigilants face à ce problème et être prêts à y faire face, car avant d’être créatrice et innovatrice, une société doit s’assurer du respect de l’ensemble des individus qui la constitue.  

Sur le plan économique maintenant, plusieurs développements sont à venir. Nous devons regarder ensemble vers l’avant afin de favoriser un développement respectueux du territoire au profit de l’ensemble des Québécois.

Enfin, en matière environnementale, nous avons pris l’engagement de respecter les principes du développement durable. Nous avons dit déjà que nous voulions être un modèle et un chef de file environnemental dans le monde. Nous voulons un développement des régions et du Nord, qui soit vert et bleu. Au-delà des impératifs économiques, il faut préserver notre environnement. Les deux sont conciliables, et les deux nous tiennent à cœur.

C’est pour répondre à certaines des considérations évoquées précédemment, et pour agir de manière responsable afin de maximiser les retombées pour les communautés locales de même que pour l'ensemble des Québécois qu’a été créé, tout récemment, le Secrétariat au développement nordique.

Le Secrétariat au développement nordique est donc, désormais, l’organisation chargée de coordonner les actions de l'ensemble de l'appareil gouvernemental en matière de développement au nord du 49e parallèle. Il jouera un rôle majeur dans les infrastructures publiques, dans le développement des infrastructures routières, de logements sociaux, de parcs nationaux et de centres multifonctionnels pour la formation professionnelle. Il sera chargé d’optimiser l'ensemble des ressources mises à la disposition du territoire nordique, tant privées que publiques, et ainsi faciliter un développement harmonieux, éthique et respectueux des populations concernées; il assurera un partage équitable des risques liés à l'investissement.

Le Secrétariat aux affaires autochtones travaillera donc en étroite collaboration avec lui. Mon secrétariat continuera à agir sur le plan des relations entre l’ensemble des Autochtones, le gouvernement du Québec et l’ensemble des Québécois. Il s’assurera que les retombées du développement du territoire se feront au profit de l’ensemble des citoyens autochtones et non autochtones. Depuis plus d’une trentaine d’années, nous travaillons avec les organismes amérindiens et inuits. Nous avons maintenant un partenaire de plus : le Secrétariat au développement nordique.

Les ententes et les développements, issus de notre volonté de bâtir ensemble le Québec et de notre créativité, ne sont possibles qu’à une condition : se parler.

Les échanges améliorent les connaissances, approfondissent la réflexion, conduisent à des pistes de solution.

Bref, un événement comme celui d’aujourd’hui est essentiel pour nouer des liens, échanger et se connaître. Multiplions donc ces occasions!

À cet égard, j’aimerais saluer le travail du Secrétariat aux alliances économiques Nation Crie Abitibi-Témiscamingue. Son objectif est justement d’accroître les échanges entre la région de l’Abitibi-Témiscamingue, les communautés et organisations cries, les sociétés de développement et d’énergie de la Baie-James, Hydro-Québec et les institutions gouvernementales. L’alliance agit comme facilitateur entre les promoteurs cris et non cris auprès des organismes gouvernementaux.

L’alliance soutient les efforts de maillage entre les entrepreneurs cris et ceux de l’Abitibi-Témiscamingue. Elle met de l’avant des actions et des activités permettant d’établir des liens avec les gens d’affaires de la région de l’Abitibi-Témiscamingue, des communautés cries et avec les divers intervenants. Cette conférence est un exemple probant.

Dans une perspective de développement de la région et du milieu nordique, l’alliance contribue à atteindre certains objectifs, tels que : la création et la réalisation de projets communs entre les Autochtones et les autres acteurs économiques de la région de l’Abitibi-Témiscamingue; le maintien et le développement de liens et de partenariats entre les instances de la région et les Cris du Nord-du-Québec; ainsi que le développement et le transfert d’expertise complémentaire entre les communautés.

Sur ces plans, elle sait faire preuve d’innovation et de créativité. Elle est un modèle en la matière.
Je tiens à l’en remercier, une fois de plus.
Merci! Et merci à chacun et chacune d’entre vous pour votre attention.

Signature gouvernementale
Secrétariat aux affaires autochtones
905, avenue Honoré-Mercier, 1er étage - Québec (Qc)  G1R 5M6 - 418 643-3166
Mise en ligne : 5 juin 2013