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Secrétariat aux affaires autochtones

Entre nations, bâtissons le Québec de demain

par Benoît Pelletier, ministre responsable
des Affaires autochtones au sein du gouvernement du Québec

Il y a un an, s’est tenu à Mashteuiatsh le Forum socioéconomique des Premières Nations. Cet événement réunissait les représentants des communautés autochtones du Québec, des  gouvernements du Québec et du Canada, ainsi que de divers organismes venant de tous les horizons.

La  volonté unanime des participants du forum de faire progresser la cause autochtone me paraît toujours aussi sincère. Plus que jamais, les disparités entre nos nations doivent s’aplanir. La richesse du Québec doit se construire sur l’effort de chacun et être partagée de façon équitable entre tous les citoyens.

Les travaux engagés à la suite du forum nous permettront de trouver de nouvelles voies qui favoriseront ce partage. Nous devons cependant profiter de cette période d’échanges pour aborder une question fondamentale : pour construire des rapports fructueux entre nos nations, il faut que nous nous acceptions davantage les uns et les autres et que nous participions, ensemble, à la construction d’une identité québécoise moderne dans laquelle tous se reconnaissent. Nous devrons trouver le dénominateur commun qui servira de point d’appui à notre développement social, culturel et économique dans le respect de notre objectif, celui de prospérer et de nous épanouir dans un Québec qui repose sur la cohabitation harmonieuse de nations distinctes.

Afin d’y arriver, il faudra d’abord que les Autochtones et les autres Québécois combattent certains préjugés tenaces et acceptent davantage leurs différences.  En outre, nos démarches respectives d’affirmation nationale devront reposer sur le respect mutuel. C’est de cette façon qu’elles seront compatibles et assureront le véritable envol du Québec.

D’emblée, force est d’admettre que, dans nos rapports quotidiens, nos relations sont parfois difficiles. Les aspirations des uns s’opposent trop fréquemment à celles des autres, si bien que nos identités respectives se construisent et évoluent souvent en parallèle.

Pour nombre de Québécois, le discours de reconnaissance des Autochtones demeure difficile à accepter. Il touche à des sujets sensibles qui laissent place à des incompréhensions et à des malentendus, lesquels sont source de frustrations et d’insatisfaction.

Pourtant, la quête identitaire des Autochtones, les francophones du Québec sont à même de la comprendre, puisqu’elle recoupe la leur à certains égards. De fait, depuis plus de quatre siècles, le maintien d’une identité francophone en terre d’Amérique est le fruit de la défense et de l’évolution de la culture et des institutions auxquelles s’identifient les Québécois. Les visées des Autochtones ne sont guère différentes.

Les onze nations autochtones du Québec sont à la recherche d’un meilleur respect de leurs droits et de leurs particularismes et elles cherchent toutes à assurer le meilleur avenir possible à leurs populations. Ce qu’elles souhaitent, c’est d’abord et avant tout le maintien de certaines traditions qui leur sont chères. Cela implique un rapport différent à la terre, une vision du monde qui s’appuie sur des valeurs communautaires très fortes de même que sur une culture distinctive qui, tout en étant en constante mutation, est fortement enracinée dans l’histoire. Du reste, les Autochtones demandent plus d’autonomie politique. Bref, ils veulent une plus grande influence sur leur destinée.

Les aspirations des Autochtones sont appuyées, dans une certaine mesure, par une jurisprudence établie notamment par la Cour suprême du Canada, qui reconnaît des droits ancestraux traduisant la réalité historique des cultures et des modes de vie autochtones. Le défi est de donner un sens concret à ces droits en les rendant effectifs, d’une part, et intelligibles à l’ensemble de la population québécoise, d’autre part.

Il me semble de plus en plus impératif que nous construisions nos relations sous l’angle de la complémentarité et de la collaboration plutôt que sous celle de l’antagonisme. Autant la population québécoise doit comprendre les aspirations des Autochtones, autant ces derniers doivent réaliser que les régions du Québec sont peuplées de gens qui sont là pour rester et qu’au bout du compte, tous ont intérêt à fusionner leurs intérêts pour favoriser le développement optimal du Québec. Nous devons en arriver à une plus grande convergence de nos rapports. Participer à ce processus ne signifie toutefois pas que les Autochtones renient ce qu’ils sont ni qu’ils renoncent à leurs ambitions.

Actuellement, le Québec est le théâtre d’une profonde réflexion identitaire. Ce questionnement est sain. Il témoigne d’une maturité certaine, dans la mesure où il amène les Québécois à réfléchir à leur personnalité collective afin qu’elle s’ajuste à notre époque et se construise dans le respect de toutes ses composantes.

Cette réflexion me paraît propice à un approfondissement de la place que les Autochtones souhaitent occuper dans la construction du Québec contemporain. Sont-ils prêts à s’inclure dans la nation québécoise, tout en maintenant leurs traits culturels? S’il est légitime de demander aux Québécois non autochtones de respecter les droits des Autochtones et leurs valeurs, il l’est tout autant de demander à ces derniers de participer à l’équation identitaire du Québec.

Il nous faut inévitablement définir un espace à l’intérieur duquel les univers propres à chaque collectivité seront partagés. Se définir en vase clos, en dehors des différents groupes qui composent de nos jours le Québec n’est pas souhaitable. Le Québec du XXIe siècle se doit d’être ouvert à la différence. Il doit s’édifier sur l’originalité propre à ses nombreuses composantes, tout en étant un lieu commun au sein duquel toutes les nations auront leur place. Pour continuer de défendre les valeurs partagées par les Québécois, il nous faut définir un Québec fort qui s’appuie sur les forces conjuguées de tous les peuples et autres groupes culturels qui le composent. Cela doit comprendre les Autochtones.

Voilà pourquoi il est grand temps que nous retrouvions, tout en les actualisant, les voies de passage qui ont permis à nos ancêtres de cohabiter et de faire autant de chemin avec les Premières Nations. La voie de la diplomatie, privilégiée par le gouvernement du Québec, nous permet d’espérer la conclusion d’accords satisfaisants à cet égard.

Déjà, les travaux des différentes tables de négociation relatives aux revendications des Attikameks et à celles de certaines communautés innues vont bon train. Nous examinons de nouvelles avenues pour assurer le développement des Algonquins. Nous discutons fermement avec les Hurons-Wendats, les Cris, les Mohawks, les Micmacs et les Naskapis. Nous venons tout juste de signer avec le gouvernement du Canada et les représentants des Inuits une entente innovatrice visant à créer un nouveau gouvernement régional au nord du 55e parallèle, administré par ces derniers. Nous venons aussi de mettre en place une Table de concertation en matière d’éducation, qui a notamment pour mandat d’identifier des pistes d’intervention efficaces pour faire face aux problèmes que vivent les communautés en matière d’accès aux services éducatifs, de financement et de réussite scolaire. Nous préparons en ce moment un nouveau guide de consultation qui servira de référence aux ministères et organismes du gouvernement dans leurs relations avec les Autochtones. Nous avons institué le Fonds d’initiatives autochtones, consacré au développement économique et communautaire des Autochtones du Québec. Qui plus est, la mise sur pied prochaine d’un mécanisme de discussion portant exclusivement sur la question des territoires et des ressources permettra assurément au gouvernement du Québec et à l’Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador de dégager des solutions concrètes et de parvenir à de nouveaux partenariats.

De plus en plus, dans différents coins du Québec, des leaders autochtones et non autochtones conjuguent leurs efforts. Des projets émergent de milieux qui, il n’y a pas si longtemps encore, faisaient la manchette en raison  des conflits qui y avaient cours. Ces projets de développement économique, social ou culturel, de partenariat communautaire, de partage de services et d’expertise contribuent à l’atteinte de ce dénominateur commun dont j’ai parlé précédemment. Ils doivent nous inspirer. Nos réussites communes ne doivent pas servir strictement d’écran publicitaire. Elles doivent d’abord et avant tout servir d’élément déclencheur aux communautés autochtones et non autochtones, démontrant ainsi que, lorsqu’on le veut bien, tout est possible. 

Lors du Forum socioéconomique des Premières Nations, des solutions novatrices ont été avancées pour répondre aux besoins criants des communautés autochtones du Québec. À plus long terme, les jalons d’une nouvelle relation ont également été définis. Il s’agit d’une relation fondée sur une sincère et réelle volonté de mieux vivre ensemble. Pour que cela soit possible, il faut que nous conjuguions nos efforts afin de construire l’identité québécoise de demain et que nous développions entre nous une solidarité nouvelle. Tous doivent y participer.

Signature gouvernementale
Secrétariat aux affaires autochtones
905, avenue Honoré-Mercier, 1er étage - Québec (Qc)  G1R 5M6 - 418 643-3166

Mise en ligne : 10 décembre 2007