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Secrétariat aux affaires autochtones
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Promouvoir les cultures et les langues autochtones

Les Inuits et les Premières Nations font partie intégrante du paysage culturel du Québec. Ils participent à la construction du Québec d’aujourd’hui et ils contribuent à sa richesse culturelle et à son identité.

Pourtant, les épreuves ont été nombreuses et les ressacs n’ont pas fini de se faire sentir. Une société ne survit pas à une tentative concertée d’anéantissement de sa culture sans porter en elle des séquelles importantes. À ce propos, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a longuement décrit les effets dévastateurs du système des pensionnats sur la transmission d’éléments constitutifs fondamentaux de l’identité autochtone, comme la langue et la culture. Arrachés très jeunes à leur milieu, les enfants devaient fréquenter, pendant huit ou neuf ans, des écoles où on les socialisait dans le modèle de la société blanche, en les forçant à intérioriser un système de valeurs étranger, en leur interdisant de parler leur langue, en leur apprenant même le mépris de leurs propres mœurs et le dédain de la culture de leurs parents. Cette pression, exercée sur plusieurs générations, a provoqué des effacements identitaires et un réel hiatus dans la transmission des cultures et des langues autochtones.

Chacun reconnaît aujourd’hui la nécessité de rendre à ces dernières leur place au soleil. Mais cette démarche ne doit pas seulement se faire dans une perspective de guérison. Les langues et les cultures autochtones doivent aussi être valorisées parce qu’elles constituent en elles-mêmes un enrichissement pour le Québec; les découvrir, c’est aussi découvrir à quel point les Premières Nations et les Inuits ont beaucoup à apporter au patrimoine collectif.

Le présent plan d’action propose donc un soutien concret à la fois aux cultures et aux langues autochtones.

Soutenir l’essor des cultures autochtones

Malgré des attaques prolongées, les nations autochtones ont su maintenir des cultures vivantes et authentiques. Certes, au fil du temps, l’évolution de ces dernières a été considérablement inhibée, parfois même compromise, mais en fin de compte, le bilan de l’histoire ne se dément pas : devant l’adversité, les Autochtones du Québec ont conservé une profonde volonté d’affirmer leur singularité et leur diversité. Les cultures des premiers peuples du Québec témoignent d’une force et d’une richesse qui ont permis aux Autochtones de se forger une manière de voir, une identité et des valeurs qui constituent un puissant levier pour le développement de leurs communautés.

Contrairement à ce que pensent certains, les cultures autochtones ne sont pas des relents d’un passé révolu ou folklorique, en porte-à-faux avec l’univers contemporain. À bien des égards, les cultures autochtones sont un reflet de la manière dont les premiers peuples du Québec appréhendent aujourd’hui le monde : résolument inscrits dans la modernité, mais profondément ancrés dans leurs traditions; sensibles aux attraits des milieux urbains, mais solidement enracinés dans la plénitude du territoire. Des poètes, des sculpteurs, des peintres, des chanteurs et des artistes autochtones de tous les domaines mêlent aujourd’hui avec une riche sensibilité les expériences de l’environnement moderne à la vision traditionnelle du monde. Les cultures autochtones n’ont jamais été statiques; elles sont, en quelque sorte, le miroir d’une expérience collective en mouvement.

Ce dynamisme des cultures autochtones ne doit pas être seulement envisagé sous l’angle de la création artistique. Il faut le dire, elles s’expriment également dans des mœurs quotidiennes et des pratiques ancestrales qui révèlent un mode de vie distinct et un rapport particulièrement riche à la nature.

Il faut maintenant s’assurer que les cultures autochtones ont les moyens de leur dynamisme.

Par ailleurs, le soutien au développement culturel autochtone constitue un outil de prédilection pour agir sur de nombreux problèmes sociaux liés à l’exclusion, à la pauvreté ou à l’isolement. Le renforcement des cultures et leur appropriation au sein des collectivités contribuent à l’amélioration des cadres de vie. En effet, une culture vivante et partagée facilite la cohésion, le dialogue, l’inclusion et la qualité générale des liens sociaux.

En outre, c’est avant tout grâce au rayonnement des cultures autochtones qu’il sera possible de faire reculer significativement, au Québec, le racisme et la discrimination dont sont encore victimes les Premières Nations et les Inuits. L’ignorance est la pierre d’assise des stéréotypes. La diffusion des cultures autochtones, leur reconnaissance et leur valorisation sont des moyens de prédilection pour faire disparaître les mythes et les idées préconçues que bien des allochtones entretiennent toujours.

Pour soutenir les Autochtones dans cette démarche d’affirmation culturelle et pour contribuer ainsi à l’essor de leurs collectivités, le Gouvernement du Québec n’entend pas mettre de l’avant un modèle déterminé. Les cultures des onze nations autochtones sont uniques et, même si elles ont beaucoup en commun, elles sont toutes marquées par des distinctions importantes qu’il faut reconnaître et valoriser. Pour ce faire, le Gouvernement du Québec désire privilégier un accompagnement qui corresponde aux différentes réalités de chacune des nations, notamment par les actions suivantes :

  • Soutenir les communautés afin d’y favoriser l’émergence d’une gouvernance culturelle;
  • Élaborer une stratégie visant la valorisation du patrimoine d’intérêt autochtone;
  • Mettre en place des mesures de soutien dans le secteur de l’artisanat et des métiers d’art;
  • Appuyer financièrement les artistes autochtones.

Renforcer les langues autochtones

Langue, identité et culture sont consubstantielles. Cela est d’autant plus vrai dans des sociétés de tradition orale comme celles des Premières Nations et des Inuits. La langue est l’expression d’une expérience partagée du monde; elle est l’instrument par excellence pour transmettre cette expérience. La langue constitue la manifestation première de l’existence d’un groupe et de sa durée dans l’histoire.

Les langues autochtones du Québec se regroupent en trois grandes familles : iroquoienne, algonquienne et eskimo-aléoute. Neuf langues (et leurs dialectes) y sont encore parlées : l’inuktitut, l’innu, le cri, l’attikamek, l’algonquin, le micmac, le mohawk, le naskapi et l’abénaki. La situation linguistique des Autochtones varie beaucoup selon les groupes et les nations, mais généralement, trois cas de figure sont observés : 1) la langue est transmise en milieu familial et ses locuteurs l’utilisent dans leurs activités de tous les jours; 2) la langue est surtout maîtrisée par les aînés et n’est pas systématiquement transmise dans le milieu familial; 3) la langue est en voie d’extinction ou il n’en reste que des traces dans la documentation (écrite ou sonore)1. On soulignera aussi que les langues autochtones affichent généralement au Québec une meilleure vitalité qu’ailleurs au Canada. Ainsi, par rapport à leurs concitoyens des autres provinces, environ deux fois plus d’Autochtones québécois parlent encore leur langue maternelle2.

Quoi qu’on puisse inférer de ce constat, il ne présente tout de même pas de motif de réjouissance : il nous enseigne simplement que, par rapport à une moyenne canadienne très alarmante, la situation linguistique des Premières Nations et des Inuits est un peu moins inquiétante au Québec. En effet, seulement 32,6 % des Autochtones québécois utilisent encore leur langue maternelle en contexte familial, tandis que 59 % ne savent parler que le français ou l’anglais3. Depuis quelques générations, les langues autochtones vivent un déclin qui place aujourd’hui certaines d’entre elles dans une situation d’extrême précarité.

Il faut toutefois comprendre que la volonté historique d’assimiler les cultures autochtones et d’éradiquer leurs idiomes ne constitue pas la seule raison de cette fragilité.

Comme la plupart des langues minoritaires dans le monde, les langues autochtones souffrent du voisinage de langues dites dominantes, c’est-à-dire de langues parlées au sein de collectivités qui, non seulement contrôlent le pouvoir politique et les leviers économiques, mais forment aussi une majorité écrasante de locuteurs. Sous ce rapport, les Inuits et les Premières Nations partagent les périls de presque toutes les langues minoritaires. Un mouvement d’homogénéisation linguistique a toujours été observable, partout sur la Terre et à toutes les époques : les langues les moins parlées reculent, oblitérées par l’avancée implacable des langues les plus parlées, dont la maîtrise est souvent considérée comme plus utile ou plus prestigieuse.

Ces déperditions entraînent un appauvrissement certain du patrimoine collectif. Avec la disparition d’une langue s’effacent des visions originales du monde, des savoirs ancestraux, des imaginaires complets, des systèmes entiers de spiritualité et une conception différente de l’histoire. La diversité linguistique constitue autant de richesses et le Québec doit se préserver de l’amoindrissement culturel que signifie le recul des langues autochtones.

Il appartient à chaque communauté et à chaque nation de décider des gestes qui doivent y être posés pour protéger leur langue et pour en promouvoir l’usage. En dernière analyse, l’efficacité de la défense et de la revitalisation des langues autochtones se mesurera toujours à l’aune de la volonté et des efforts que déploient eux-mêmes les Inuits et les Premières Nations. Ils seront toujours les seuls maîtres d’œuvre de ce perpétuel chantier.

Le Gouvernement du Québec est néanmoins conscient qu’il peut jouer ici un rôle important. Il pose donc les actions suivantes :

  • Élaborer et financer des programmes de soutien aux langues autochtones, y compris un appui accru aux radios communautaires, en concertation avec les instances autochtones compétentes;
  • Établir avec le gouvernement fédéral un dialogue dans le but de mettre en place des moyens conjoints pour soutenir les langues autochtones du Québec;
  • Adopter une déclaration nationale sur les langues autochtones qui affirme la place particulière qu’occupent ces langues au Québec.

Le présent plan d’action propose donc, en matière de culture et de langues autochtones, une double démarche.

En premier lieu, le Gouvernement du Québec veut soutenir l’émergence, dans les communautés autochtones, d’une gouvernance culturelle. Celle-ci doit être mise en œuvre par et pour les collectivités dans le but de contribuer à leur développement, dans le respect de leurs préoccupations et de leurs réalités. Ce soutien, qui s’accompagne d’une aide concrète aux artistes autochtones, vise en d’autres termes à doter l’ensemble des collectivités des ressources et des structures afin qu’elles puissent planifier et mettre en œuvre elles-mêmes leur propre développement culturel.

En second lieu, le Gouvernement du Québec veut contribuer à l’épanouissement des langues des Premières Nations et des Inuits. Le développement des communautés ne peut se réaliser sans un effort soutenu pour valoriser les langues autochtones, pour en augmenter le nombre de locuteurs et pour en promouvoir l’usage dans les activités du quotidien. Cette initiative passe, en outre, par une reconnaissance formelle de l’apport des langues parlées par les Inuits et les Premières Nations à l’ensemble québécois.

Schématiquement, l’action du Gouvernement du Québec se résume ainsi :

Promouvoir les cultures et les langues autochtones
Favoriser la contribution des
Premières Nations et des Inuits
au dynamisme culturel
du Québec.
Valoriser les langues autochtones comme vecteur essentiel du développement des sociétés autochtones

1 Citons le cas du wendat, qui est considéré comme une langue dite « en dormance », mais qui fait actuellement l’objet d’importants efforts de revitalisation.

2 Voir : DRAPEAU, Lynn. Les langues autochtones au Québec : un patrimoine en danger, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2011, p. 22. Voir aussi : STATISTIQUE CANADA. Les langues autochtones au Canada, 2011, p. 3.

3 BEAULIEU, Alain, GERVAIS, Stéphan et PAPILLON, Martin. Les Autochtones et le Québec, des premiers contacts au Plan Nord, Montréal, Presses de l’Université Montréal, 2013, p. 198.

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Mise en ligne : 2 novembre 2017